[Illustration: mastheadx]





[Illustration: noailles]

I have only recently discovered the all-but-forgotten French novelist and poet Anna de Noailles (1876-1933), and I find all of her writings to be very intriguing.  de Noailles possessed a completely original world view, tremendous vitality, and a profound appreciation for the connection between the natural world and the human soul--all of which make her my kind of literary idol.  Gallica has several of her books online:


The following poems (plus inelegant English computer translation) are from Les Eblouissements/The Dazzlings (1907).  de Noailles starts this volume off with three words:  VIE - JOIE - LUMIÈRE (LIFE - JOY - LIGHT), and you would be hard pressed to find a contemporary poet displaying such Dionysian exuberance.  Most important for my purposes here, Noailles wrote some of the most entrancing French twilight poems that I have ever found.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Twilights  •  William Butler Yeats   •  AE   •  John Cowper Powys   •  Anna de Noailles   •  Chinese Twilights   •  Japanese Twilights



LES ÉBLOUISSEMENTS

Vision dans le Crépuscule

Les très beaux jours d'été, entre cinq et six heures,
L'espace, les jardins, les pensives demeures
S'enveloppent d'un voile aérien, rayé
D'argent, de vert, de mauve et d'or émerveillé.
Et le soleil du soir est si frais sur la rosé
Qu'il semble, non du feu, mais de l'eau qui se pose...
Le tendre crépuscule est de l'azur sans fin,
Et c'est comme un matin plus réfléchi, plus fin,
Plus doux, plus près du cœur, plus familier, plus grave,
Où le rêve se baigne, où le regard se lave.
On rôde, on est soudain immobile, on s'assoit,
Ramenant les plaisirs épars autour de soi.
Il semble que l'on ait tout ce que l'on réclame.
Le corps est enivré jusqu'aux veines de l'âme.
On boit l'air sans souci, ne pouvant épuiser
Cet océan d'amour, ce songe, ce baiser.
On entend crépiter les plantes qu'on arrose,
Et rien qu'en regardant le soleil qui repose
Sur la table de fer, sur le gravier laqué,
J'évoque l'Orient, le marbre blanc d'un quai,
Des marchands assoupis dans une apothéose,
L'ombre d'un mimosa sur le sol décalqué,
Et le flottant parfum des conserves de rosés,
Du café, du goudron et du saule musqué...


[Illustration: goldleaf1]
Soir en Été

Douceur du Soir, qu'il faut louer par le silence,
Car vous êtes, vous-même, amoureux de langueur,
Nonchalant, dédaigneux comme un paisible cœur,
Las comme une immobile et dormante balance...
Les cieux sont parfumés et les parfums sont bleus,
Tant c'est un long mélange inextricable et tendre
De fleurs, d'azur pâli, d'odeurs, de claire cendre,
D'invisibles baisers profonds et nébuleux.
Je souris aux jardins, dans l'ombre fastueuse.
La foule des parfums encombre les chemins,
J'écarte, je ramène et baise dans mes mains
Ces enchanteurs divins des chairs voluptueuses!
Mais un cri vient percer tout le silence vert.
Chant d'oiseau sensuel! Comment pourrait-on dire
Quel aigu, quel brisant, quel déchirant délire
Par qui mon cœur, soudain, est comme un fruit ouvert.


[Illustration: goldleaf2]
Le Soleil Abaisé du Soir

Le soleil abaissé du soir,
Jaune et luisante renoncule,
Semble glisser, au crépuscule,
De quelque pomme d'arrosoir.
Il semble se mêler au sable,
Aux stores de paille, au gazon,
Au vitrage de la maison
Dans une ardeur inextricable.
L'air est fumant, sourd, fructueux;
L'affolement joyeux des mouches
Enflamme les suaves bouches
Des narcisses voluptueux.
Le frelon noir, plein de lumière
De cils, de soie et de velours,
Tombe d'un balancement lourd
Au cœur de la rosé trémière.
Et la guêpe semble vouloir
Faire une couture dorée
A la molle étoffe azurée
Du chaud, du clair, du tendre soir.


[Illustration: goldleaf3]
Crépuscule dans les Jardins

O divin crépuscule, odeur de rosés blanches!
Le soir est du soleil arrêté dans les branches.
Les arbres des jardins épandent leurs rameaux
Et partagent la paix triste des animaux.
Tout est pensif, chargé de désir et de rêve,
Une vapeur descend, une autre se soulève.
L'air a le poids tombant et la force d'un cœur
Qui s'avance, gonflé de pleurs et de chaleur...
Jardin des soirs, détresse ineffable, mystère!
Tant d'humaine langueur qui monte de la terre!
Le tilleul inquiet, l'érable faible et blanc
Font un geste secret, désespéré, tremblant.
Baisant l'acacia, des rosés suspendues
Élancent en tous sens leurs bouches éperdues.
C'est partout un soupir de verte humidité...
Ah! dans la douce enfance, à ces moments d'été,
Quel énervant conseil d'amour, de suicide,
Venait des acres fleurs, de la pelouse acide!
Quel martyre étouffant, quel regard vers les cieux,
Quel besoin de briser son cœur voluptueux,
Quelle ardeur à presser, en pleurant, sur sa bouche.
Ce parfum qui languit, qui tombe, qui se couche!
Que de bruits humbles, doux, qu'on prenait dans son sein
Un crapaud, en sautant, regagnait le bassin,
Le jardin tout entier était la poésie
De l'Europe, des Amériques, de l'Asie...
Et le cœur puéril et l'esprit innocent
Sentaient l'instinct brûlant s'éveiller dans le sang;
Hagard, désespéré, haletant, volontaire,
L'enfant cherchait le sens immense de la terre;
Il regardait, craintif, écoutait, inquiet,
Ce que veut la senteur du lis et de l'œillet,
Ce que veut la torride et bleuâtre buée
Qui, s'exhalant du sol, monte vers la nuée;
Ce que veut, dans le soir aux arômes stridents,
Le vol double et mêlé des insectes ardents;
Et, subissant la loi qui va jusqu'aux étoiles,
Recevant le pollen du monde dans ses moelles,
Il mourait de sentir s'attacher à son corps
La flèche d'un désir confus, secret encor;
Du désir mol, épars, saturé de tristesse,
Qui brûle par l'odeur et par le vent caresse,
Qui veille dans la fleur, qui tremble dans l'oiseau,
Qui gonfle l'azur tiède et limpide de l'eau,
Qui surprend la candeur et fait peser sur elle
L'empire illimité de l'ardeur sensuelle,
Et qui courbe un enfant, prêt à s'évanouir,
Sur la tâche du vague et fécond avenir...


[Illustration: goldleaf4]
Destinée

Celles qui veulent bien n'avoir pas de bonheur
S'entretiennent avec leur belle conscience,
Et goûtent le plaisir, le calme et la science
Dans le temple léger et doré de leur cœur.
Mais quand on est la vie et la douceur suprême,
Quand c'est notre sagesse et le plus beau destin
D'être pleine d'azur, de rayons et de thym,
D'être joyeuse, heureuse et malheureuse même;
Quand, aux instants secrets des crépuscules blancs,
L'âme, toute mêlée à l'univers immense,
Semble, dans son antique et neuve impatience,
Attendre le bonheur depuis trente mille ans;
Quand, tandis que l'on songe au bord de la fenêtre
L'Été mol et fleuri, et qui ne cède pas,
Dans l'ombre langoureuse avance pas à pas,
Et partout chaudement et fortement pénètre,
Quand on est un jardin enduit de douce glu,
Quand le cœur, plus courbé qu'une branche penchante,
Est une tiède nuit où le rossignol chante,
Quand on étouffe, enfin, et quand on n'en peut plus...